Mashkiki officialisée

Comment s’unir pour protéger le territoire

Création de Mashkiki; une aire protégée de 32 km² résultant de la mobilisation citoyenne

Montpellier, le 10 juin 2021 - La nouvelle Réserve de biodiversité Mashkiki, située dans la MRC de Papineau, voit le jour. Son histoire est à la fois particulière et réjouissante. Elle mérite d’être racontée.

La plupart du temps, les lieux protégés sont choisis et déterminés par les instances gouvernementales. Autrement dit, les propositions et les décisions viennent d’en haut. Dans le cas présent, ce sont plutôt les citoyennes et les citoyens, les organismes et les municipalités locales qui unissent leurs efforts pour la conservation d’une forêt exceptionnelle. Tout a commencé en 2009. L’auteur du livre Les plantes rares du Québec méridional, André Sabourin, en compagnie de la biologiste Nicole Lavoie, inventoriaient la flore pour le compte de la MRC de Papineau. Leurs découvertes remarquables observées autour du lac (en) Cœur, situé à cheval sur les municipalités de Mulgrave-et-Derry et Ripon, ont mis la table pour la suite des événements. Non loin de là, les membres de la coopérative Des Forêts et des Gens, qui cherche un lieu pour s’établir et participer à la conservation de la biodiversité, ont aussi découvert plusieurs plantes rares. De fil en aiguille, un territoire fabuleux révélait peu à peu les trésors de sa faune et de sa flore. Des fougères, des orchidées, des oiseaux peu communs et des forêts anciennes sont des éléments qui composent cet écosystème unique au Québec.

Or, une belle histoire ne va pas sans embûches. Plusieurs menaces planaient autour de l’intégrité de ce territoire : l’exploration minière pour des minéraux rares, la coupe forestière et un échange de terrain entre le gouvernement du Québec et un grand propriétaire terrien. C’est devant ces éventuelles pressions sur le territoire que les différents groupes citoyens ont pris la situation en main. D’abord, au lac (en) Cœur, l’Association des riverains a investi temps et argent pour la réalisation d’une étude sur la biodiversité et pour demander la protection de la partie de forêt publique située à proximité du lac. L’initiative a fait boule de neige dans des secteurs un peu plus au nord, soit chez les citoyennes et les citoyens du lac Vert à Montpellier et chez les membres du club du Pin rouge à Ripon. Dans chacun des cas, les municipalités et leurs maires sont venus appuyer les démarches citoyennes. Les trois maires ont même pris leurs bâtons de pèlerins pour se rendre à Québec et promouvoir la protection de ces parcelles de forêts auprès des ministères concernés. En 2014, Pierre Bernier et Stéphane Séguin, successivement maires de Montpellier, Luc Desjardins, maire de Ripon et Michaël Kane, maire de Mulgrave-et-Derry, ont d’ailleurs reçu une distinction au gala Villes et villages à la rescousse. Cet événement de reconnaissance souligne la collaboration entre le monde municipal et celui de l’environnement pour la protection des espèces en péril.

Au fur et à mesure que les découvertes se multipliaient, la coopérative Des Forêts et des Gens, qui réalisait la plupart des études sur le terrain, a confirmé sa propre hypothèse selon laquelle l’on se trouvait devant un seul grand écosystème exceptionnel. À cette étape de l’aventure, la mobilisation citoyenne est devenue si importante que le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) a tenu une séance de consultation publique. Les résultats ont été probants. Quinze mémoires favorables à la création d’une Réserve de biodiversité ont été déposés et un seul mémoire s’y opposait.

L’étape suivante de cette épopée humaine et environnementale est tout aussi significative. Cette étape était celle de nommer le lieu. Jusque-là, le Ministère l’appelait le territoire d’intérêt C-66. Les membres du conseil d’administration de la coopérative Des Forêts et des gens, œuvrant parallèlement à un rapprochement culturel avec les Premières Nations, sont à plusieurs reprises allés à la rencontre des Aînées et Aînés anishinabe/algonquin de la communauté de Kitigan Zibi. De ces rencontres riches en partage a émergé l’inspiration de nommer la future aire protégée dans leur langue, l’anishinabemowin. Selon leurs dires, la protection de la nature a toujours fait partie des valeurs des Anishinabeg. Sachant que tout l’Outaouais était ancestralement habité par ces derniers et que leur langue est tout autant en péril que la nature, la démarche du nom prenait beaucoup de sens. À partir de la description de l’endroit et de ses attributs, un aîné a donc suggéré le mot Mashkiki. Cela signifie remède, plante médicinale. Par exemple, mashkiki-inini signifie homme de médecine. Le conseil de maires de la MRC de Papineau a accepté la proposition à l’unanimité.

Plus récemment en décembre 2020, le gouvernement du Québec a atteint la cible internationale de la Convention sur la biodiversité de 17% d’aires protégées en choisissant essentiellement des territoires au nord, où il n’y a pas de possibilité de coupes forestières. Quatre-vingt-trois projets d’aires protégées, dont celui de Mashkiki, sur les terres publiques les plus au sud, proposées par plusieurs nations autochtones, les hauts fonctionnaires du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), des groupes de citoyennes et de citoyens, des MRC, des municipalités et des organismes communautaires venaient d’être écartés. Ces projets avaient pourtant, dans plusieurs cas, été annoncés publiquement et les différents ministères s’étaient entendus pour aller de l’avant. Au mois de mars dernier, lors d’un café-causerie, des maires, des scientifiques, des citoyennes et des citoyens se sont rassemblés pour demander à Mathieu Lacombe, ministre responsable de l’Outaouais, de porter, à ses collègues, le message de la volonté consensuelle de la région de faire de Mashkiki une Réserve de biodiversité. Finalement, la persévérance des élus locaux, des organismes, des journalistes, des citoyens et des citoyennes, ainsi que la contribution du ministre responsable de l’Outaouais auront porté leurs fruits. Aujourd’hui, l’officialisation de la réserve de biodiversité Mashkiki vient d’être confirmée par communiqué du gouvernement.

Or, tout n’est pas terminé pour la protection des forêts au Québec; de nombreux autres territoires, des citoyennes et des citoyens attendent toujours des résultats semblables aux quatre coins de la province. Tout de même, ce pas dans la bonne direction pourra certainement donner espoir et inspirer les gens à se mobiliser pour la protection de la nature. D’ailleurs, un regroupement citoyen d’autochtones, de Québécoises et de Québécois prévoit réaliser, à l’automne 2021, la Grande marche pour la protection des forêts.

Le souvenir de la parole d’un sage anishinabe, William Commanda, qui avait appuyé cette démarche de protection de Mashkiki à ses débuts, boucle la boucle de cette histoire. Il disait quelque chose qui ressemble à ceci : « C‘est notre relation au territoire qui peut nous unir en tant que peuple. »

La coop oeuvre avec les anishinabeg pour protèger l’Île Canard blanc

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L’Île Canard Blanc est située au coeur du Lac Simon. Non loin de là sur les rives du Lac, le Rocher Manitou est marqué par des pétroglifs très anciens, réalisés par les ancêtres des anishinabeg/algonkin. Dans l’histoire plus récente, l’Île était toujours habitée par une famille algonquine, les Canard Blanc. D’ailleurs, ces derniers était de la même famille que celle du chef actuel de la communauté de Kitigan Zibi, Gilbert Whiteduck. Les terres situées au centre de l’île sont publiques et gérées par la MRC Papineau. Cette dernière avait l’intention de vendre des lots d’un acre… Lire l’article complet

Contribution à la création d’une aire protégé de 6000 hectares

 

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Au moment même de créer la coop, les membres fondateurs avaient déjà l’intention de s’impliquer dans la conservation des écosystèmes les plus rares et sensibles. Lors du projet initial de la coopérative, à la phase du repérage sur le terrain, trois des membres de la coopérative, soit Jean-Christophe Denis, Ronald Gravel et Patrick Gravel ont fait des découvertes floristiques intéressantes. Pour lire la suite de l’article cliquer ici