Approche et philosophie

Pourquoi le nom Des Forêt et des Gens?

Ce nom nous interpelle, nous questionne et nous amène à réfléchir sur la relation entre la forêt et la famille humaine. Il nous rappelle que nous sommes vitalement liés à la forêt.

 

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Réflexion sur une relation durable avec la Forêt

La forêt est d’abord un milieu de vie. Elle est une source de santé et de beauté bienfaisante et inspirante pour celles et ceux qui la côtoient. Elle porte autant toutes sortes de forme de vie et d’autres éléments comme l’eau et la pierre, qu’un trésor de patrimoine culturel. Tout ce qui est nécessaire à notre survie et à notre confort se trouve dans la forêt: les plantes qui nourrissent et guérissent, le bois, la fibre, l’écorce, les animaux avec leur chaire, leurs os et leur peau, la pierre, les pigments et les métaux. L’humanité a besoin de la forêt pour exister.

Source d’inspiration: les ancêtres anishinabeg

Les ancêtres anishinabeg du territoire, que l’on nomme aujourd’hui l’Outaouais, ont laissé très peu de traces de leur passage. Ils ont agit de la sorte pour survivre, par respect pour la Terre Mère qui les porte ainsi que par amour pour les générations à venir. Ces gens, qui se voient comme les gardiens du territoire, n’ont ni laissé de temple ni de stèle. Ils ont laissé un patrimoine sacré dans les légendes et le langage qui nomment et racontent la forêt. Les temples sont les arbres et les stèles, les fleurs. Voici quelques exemples de mots anishinabeg qui parlent d’eux-même. Odeimin signifie le fruit en forme de cœur, la fraise. Elle est le premier cadeau de l’été offert dans les cérémonies et elle incarne l’abondance et la beauté dans la féminité. Mitik wabachk veut dire le bois d’arc. C’est un arbre rare et écheveler en de longues languettes d’écorce frisées, nommé en français caryer ovale. Il sert à fabriquer des arcs de qualités. Agimatik signifie le bois de raquette. C’est le fameux frêne noir qui croît en milieu humide et qui est utilisé pour faire des raquettes et beaucoup d’autres objets utiles. C’est ainsi que les mots de la langue anishinabe retracent les 10 000 dernières années de culture et d’expériences liées à la forêt d’ici. Ce langage porte un sens à la fois pragmatique et spirituel.  Malheureusement, cette langue, tout comme plusieurs éléments de la nature, est en péril.

 Une partie de la philosophie du peuple anishinabe, que partage notre Coopérative, est de prendre de la Terre seulement ce dont nous avons besoin et d’être empreint de reconnaissance et de respect dans notre relation avec Elle.

 Lorsque nous avons demandé au sage anishinabe/algonquin, William Commanda: Comment pouvons-nous nous intégrer harmonieusement dans le milieu naturel ? Il nous a répondu quelque chose qui ressemblait à: apprendre à vivre comme nos ancêtres. Bien que le mode de vie ancestral algonquin soit difficilement praticable par l’entièreté de la population actuelle, il ne reste pas moins que chacun des éléments de ce mode de vie cultive notre relation avec l’écosystème.

 Les anishinabeg habitent le territoire de l’Outaouais (ainsi que de d’autres régions du Québec) depuis des milliers d’années. Leur relation avec la forêt d’ici est profonde et basée sur une longue expérience. Leurs ancêtres ont accueilli les français et ils n’ont jamais légué ce territoire. Dans cet ordre d’idée, nous reconnaissons l’importance centrale des Premières Nations dans les discussions et les décisions qui concernent le territoire. Nous œuvrons donc à créer un espace de dialogue, un espace de confiance, un espace relationnel, fraternel et mutuel dans lequel nous pourrons œuvrer ensemble pour le bien-être de tous, ainsi que  celui de la Terre et des 7 prochaines générations. 

 La gestion du territoire ?

La forêt est vitale car elle est aussi un philtre pour l’eau douce et pour l’air, une protectrice du sol fertile et un puit de carbone. Elle œuvre donc à la régulation du climat et à la rétention de l’eau potable sur le continent.

 Plus les gens de la science étudient la nature, plus ils constatent leur ignorance devant l’immense complexité de celle-ci.  C’est pourquoi nous croyons qu’il est impossible de gérer la forêt elle-même. Recréer la beauté et la composition d’une forêt naturelle ancienne nous semble improbable. Voilà pourquoi nous suggérons de se demander d’abord que sont nos réels besoins, dans l’optique d’avoir un impact le plus petit possible sur la forêt. Aussi, il nous semble que c’est en vivant en interrelation avec la nature et avec une soif de découverte, d’apprentissage et d’émerveillement que nous développerons une connaissance plus vaste et plus complète de l’écosystème forestier. C’est à partir de cette connaissance que nous pourrons agir avec plus de conscience, en considérant les variations de l’abondance des ressources, les cycles de fonctionnement et la fragilité de la forêt. Déjà, à partir de ce que nous avons constaté, et ce à l’échelle mondiale, il semble que la voie de la survie de l’humanité passe par la décroissance lente et progressive de son empreinte écologique et, conséquemment, de sa consommation de biens matériels.

 La forêt, la créativité et l’innovation

Nous pouvons nous inspirer de la forêt, dans les limites de nos capacités, pour améliorer l’efficacité de nos terres agricoles et de nos systèmes agroforestiers. Cela, autant que la précaution et l’humilité soient mises à l’avant plan. Sous les appellations jardins forestiers, permaculture forestière ou simplement permaculture, de nouvelles méthodes agricoles basées sur l’observation de la structure d’une forêt sont en train de faire leur chemin à plusieurs endroits dans le monde. Cette méthode de jardinage assure le maintient d’une certaine biodiversité (végétale et animale), ainsi qu’une amélioration de la qualité du sol à long terme. Aussi, les jardins forestiers peuvent aider à supporter les besoins de la population sans épuiser la nature sauvage.

 La santé et la forêt

Les bienfaits sur la santé de l’exposition et de la connexion à la nature ont été prouvé par plusieurs études récentes. Le contact avec la nature diminue le stress et la tension artérielle, améliore la qualité du sommeil, tonifie le corps et l’esprit, augmente l’efficacité du système immunitaire, stimule le rétablissement des blessés et des malade, a des effets positifs sur le développement cognitif, etc.[1] Il semble que cet impact est réel et profond lorsque les gens sont exposés à la forêt, ou à la nature, lorsque qu’elle est elle-même en santé. Ainsi, une haute canopée (soit une forêt plutôt ancienne), de la mousse et des cours d’eau claire auront un effet de détente sur la personne. Alors que les repousses denses d’après coupe auront des effets contraires[2].

 Pédagogie au rythme des gens et des saisons

D’un point de vue éducatif, une relation significative avec la nature est nécessaire au développement d’une sensibilité à l’égard de cette planète qui nous permet la vie. Nous nous inspirons de deux guides naturalistes américains, John Young et Joseph Cornell, qui basent leur pédagogie sur les rythmes de la nature et celui de l’apprentissage des humains. Voici les quatre étapes proposées par Joseph Cornell:

 1: L’éveil de l’enthousiasme (Est)

2: Le focus ou l’attention, la présence (Sud)

3: L’expérience centrale (Ouest)

4: L’intégration, l’inspiration, le partage (Nord)

Enfin, nous souhaitons susciter la curiosité des gens. Sans donner des réponses définies, nous répondons par des questions pour stimuler la soif d’apprendre. Nous croyons que c’est en éveillant nos sens, en vivant des expériences riches et inspirantes en nature et en reconnaissant les dons de chacun, que nous pouvons développer une connexion profonde à la nature et ainsi trouver en nous-mêmes le désir d’en prendre soin.

 Philosophie de la Coop

Notre philosophie est donc composée des éléments mentionnés ci-dessus. D’abord nous considérons qu’il est nécessaire de prendre de la nature seulement ce dont nous avons réellement besoin. Cela sous-entend une diminution de notre consommation de biens matériels. Ensuite, plusieurs espèces sont menacées de disparition due à la modification ou à la destruction de leur habitat. C’est pourquoi nous encourageons la conservation des milieux naturels devenu rares et nous favorisons des espaces protégés accessibles à l’humain lorsque cela est possible. Nous croyons que de côtoyer des endroits naturels encore relativement intacts et de s’émerveiller devant leur beauté demeure l’une des meilleures manières de sensibiliser les gens aux bienfaits du contact avec la nature.

 La culture ancienne des anishinabeg puise essentiellement dans la nature. Nous utilisons donc plusieurs savoir-faire et savoir-être ancestraux qui proviennent des Premières Nations pour créer des espaces de connexion à soi et à la nature. C’est ainsi que nous apprenons à nous déplacer en forêt en silence avec respect pour les animaux et en prenant soin de détruire le moins possible le monde des végétaux. Aussi, nous récoltons la matière première dans une optique de pérennité de la ressource en observant son état de santé et son abondance relative. Parfois, notre manque de connaissance nous pousse à nous abstenir de récolter.

 Il est important pour nous de nourrir des relations humaines basées sur la confiance, le respect et la connexion. Nous choisissons de considérer avec compassion les besoins de chacun et de toutes formes de Vie. D’après nous, la relation à soi et à l’autre est intrinsèquement liée à notre relation à la nature et vice-versa. Dans cet esprit, nous nous inspirons des principes de la Communication NonViolente pour favoriser des choix remplis de sens qui nourrissent la connexion et le plaisir au quotidien. Nous croyons que cela peut contribuer à un état de bien-être et donner envie de prendre soin autant de nous-mêmes, que des autres et de la nature.

 Pour sensibiliser la jeunesse et la population en général à cette vision de la relation à soi, aux autres et à la Terre, nous sommes actifs dans le domaine de l’éducation. Nous croyons que c’est en étant dans la nature avec les gens, dans un contexte d’apprentissage qui favorise la découverte et l’émerveillement, que nous pouvons semer les graines d’un futur plein d’espoir pour les générations à venir.

 

[1] Eva M. Selhub,Alan C. Logan , Canada, Your Brain On Nature: The Science of Nature’s Influence on Your Health, Happiness and Vitality. 2012.

[2] Idem. page

[3] Young, Johon, Evan McGown,Ellen Haas, États-Unis, Coyote Guide, to connecting with nature, édition Owl Link media. 2010. 548p.

[4] Cornell, Joseph, États-Unis, Sharing nature with children, édition Dawn publications, 1987, 164p.

 

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